Dossier de création – à lire

     

    MONDE SANS OISEAUX

    L’espace public s’est métamorphosé depuis plusieurs décennies dans sa topographie physique et sensorielle. Cela n’a échappé à aucun protagoniste des Arts de la Rue. La recherche de sens et d’espaces de promulgation d’un propos artistique continue à nous animer dans cet environnement déconcertant tant le terme « public » semble faire de moins en moins partie de la réalité.

    La forêt européenne subit depuis des décennies la même privatisation et à l’image de notre société elle est tenue à une rentabilité accrue dans une disproportion totale avec son rapport au temps (micro et macroscopique).

    Notre parcours de compagnie nous a amené à expérimenter depuis 20 ans des créations de spectacles et d’art plastique dans des lieux n’étant pas destinés à la représentation théâtrale (espace public urbain, péri urbain et rural, lieux patrimoniaux, salles de classe). Les commandes de textes à des auteur-ice-s contemporain-e-s nous ont permis d’être au plus juste dans le propos que nous souhaitons véhiculer. Il s’agit aussi d’un gage de qualité et de finesse à destination des spectateurs, enfants comme adultes.

    La compagnie est composée de comédien-ne-s, de constructeurs, de créateurs sonores, de musicien-ne-s, d’un ingénieur, de régisseur-se-s son, de créateur-ice-s lumière, d’une costumière, d’une plasticienne, d’un dramaturge, d’un directeur d’acteur et d’une metteuse en scène.

     

    MONDE SANS OISEAUX

    Nous rêvons depuis des années d’un projet en partage dans une grande proximité avec la nature, dans des conditions extrêmes tant elles sont loin de la boite noire et de ses rangées de fauteuils (ou même des trottoirs ou de tout espace urbain).

    Une représentation théâtrale et visuelle protéiforme au cœur d’une forêt. Une expérience immersive sur la durée, entre lumière diurne et nuit qui s’installe profondément. Métamorphose de l’environnement, de la perception et de la représentation que nous en avons. Comédiens et création sonore et musicale spatialisée jouée en live, à l’échelle du paysage, pour un bain de fiction collective avec un texte contemporain comme ferment.

     

    MONDE SANS OISEAUX

    Adapter le roman Monde sans Oiseaux de l’autrice Karin Serres dans une forêt.
    Monde sans Oiseaux – Karin Serres – édité chez Stock (2014)

    La lecture, il y a déjà plusieurs années, puis la relecture régulière du premier roman de l’autrice de théâtre Karin Serres, avec qui nous avons collaboré plusieurs fois déjà, nous a projeté dans un monde improbable et pourtant pas si éloigné du réel. À la lisière de l’espérance et du regret, le roman nous parle d’une époque, d’un monde qui disparaît tout en relatant une vie, celle de «Petite Boite d’Os». Elle est la fille du pasteur d’une communauté vivant sur les bords d’un lac et d’un fôret. Elle grandit dans les senteurs d’algues et d’herbe séchée, et devient une adolescente romantique aux côtés de son amie Blanche. Elle découvre l’amour avec le vieux Joseph, revenu au pays après le « Déluge», enveloppé d’une légende troublante qui le fait passer pour cannibale. Dans ce monde à la beauté trompeuse, se profile le spectre d’un passé enfui où vivaient des oiseaux, une espèce aujourd’hui disparue. Le lac, d’apparence si paisible, est le domaine où nagent les cochons fluorescents, et au fond duquel repose une forêt de cercueils, dernière demeure des habitants du village. Ce village qui monte et descend à flanc de montagne au gré des saisons trouvera refuge dans la forêt. Ces personnages défient la norme, le temps et l’espoir. Une histoire d’amour fou aussi poignante qu’envoûtante. Dans ce court roman, chaque mot est pesé, l’écriture réduite à l’essentiel pour dire l’étrange et en même temps la simplicité d’une vie. Un écho poétique subtil, une musique de mots, un roman écrit comme un conte, terriblement actuel, qui voit la fin d’un monde, puisque l’eau monte inexorablement et que la mort rôde autour du lac et dans la forêt…

     

    MONDE SANS OISEAUX

    Amener un groupe restreint de spectateurs dans un voyage dans le temps, dans un avenir où la forêt aura repris la main sur l’homme, où elle aura réparé nos racines. Se jouer de nos perceptions, de nos sens, de nos repères spatio-temporels en modifiant l’environnement de la représentation à différentes échelles tout en respectant la flore et la faune.

    Nous avons tous une image de la forêt. Cette représentation est souvent romantique au sens où elle figure en endroit naturel, préservé ou peu altéré par l’homme. La forêt c’est aussi toutes les légendes, les contes de nos enfances ou celles de nos parents. On a souvent peur de la forêt, surtout la nuit. Ce projet, par le biais d’une fiction contemporaine ira à la rencontre de la forêt vivante, ici et aujourd’hui.

    Nous travaillerons avec Karin en étroite collaboration pour trouver l’adaptation théâtrale de son texte, pour en trouver le rythme vivant, le rythme en voix, les sonorités. Le texte sera porté par un groupe quatre comédiens-nes d’âges différents.

     

    MONDE SANS OISEAUX

    Implanter des installations d’art plastique à différentes échelles pour se jouer de nos sens et aiguiser notre sens de l’observation. Rechercher les détails rajoutés qui argumentent la fiction, qui en sont la preuve. Planter des sources sonores et lumineuses fonctionnant de manière autonome pour distiller une dimension fictionnelle à la forêt. Donner aux spectateurs un attirail pratique et onirique pour les accompagner dans leur immersion. Des objets portés par les spectateurs s’adjoindront aux installations pour en compléter le sens. Les spectateurs seront interdépendants et participeront à la dimension visuelle de la représentation. Le travail sonore sera spatialisé et sera imaginé à plusieurs échelles : celle du paysage et celle de l’individu, ainsi certains spectateurs seront porteurs de source sonore.

    Être beaucoup pour peu. Être beaucoup pour peut-être. Disparaître et réapparaître dans le paysage. Faire rencontrer la forêt. Faire rencontrer la forêt comme espace de vie multiple, comme lieu de fiction partagée et non subie.

    Artistes, acteurs de la forêt, spectateurs ensemble dans un espace temps hors du temps. La lenteur et l’écoute seront de mise. Une représentation comme une expérience. Un accompagnement des spectateurs pour une immersion en toute sécurité pour les humains, la flore et la faune.

    Nous travaillerons sur chaque territoire en collaboration avec les acteurs de la forêt : membres de groupements forestiers militants, Réseau pour les Alternatives Forestières, agent-e forestier-ère motivé-ée de l’Office National de la Forêt, bûcheron-ne, expert-e forestier-ère, opérateur-trice de sylviculture-reboisement. Amoureux des bois, militants d’un autre espace public où les différentes formes du vivant cohabitent, chacun à son rythme.

     

    MONDE SANS OISEAUX

    L’ambition de ce projet est aussi une création in situ, dans la forêt. Monter un campement pour y observer, écrire, composer, se fondre dans le paysage. Vivre en symbiose avec la forêt.

    Arriver et repartir avec le moins d’impact possible sur l’environnement direct.
    Vivre au rythme de la lumière du jour, dans une utilisation raisonnée des ressources.
    Être accompagné pour créer sans pour autant traverser la France ou l’Europe pour des temps de résidence. Trouver une forêt hospitalière proche de chez nous, mais aussi en rencontrer deux ou trois autres. Trouver le bon équilibre lors du temps de création.

    Comme nous le faisons depuis 20 ans, inviter tout type de spectateurs et plus particulièrement pour ce projet aller à la rencontre de grands adolescents.